Égypte
Le Caire, entre fatigue et splendeur
La ville qui ne dort pas

Cette ville est fatigante.

En constante agitation, sans repos, sans silence. La nuit, il ne fait pas nuit. Un voile de pollution avale les étoiles et enveloppe les habitants. La poussière envahit tout. Elle s’infiltre dans le nez, les poumons, elle fait tousser, elle rend malade. Il faut avoir l’œil partout pour éviter voitures, motos pressées, touk-touks fous et piétons qui bousculent. Les klaxons donnent la migraine, les hommes qui tirent leur charrette en hurlant « Vecchia ! » donnent la migraine. Les trottoirs sont défoncés. Partout, il y a des chiens et des chats errants. Les tas d’ordures font partie du paysage. La puanteur aussi.

Et puis, soudain, cette ville est belle.

Il y a les marchés éclatants de couleurs aux étales de fruits et légumes soigneusement empilés. Il y a les enfants qui nous jettent des regards curieux et amusés. Il y a les sourires, la chaleur, l’accueil. Il y a les mosquées et leurs minarets soulignés de vert à la nuit tombée. Les vendeurs de jus pressent des oranges ou de la canne à sucre. Les odeurs de shisha emplissent les rues. L’huile des falafels crépite, les pâtisseries luisent de miel et de sirop. Il y a le soleil et le sable. Il y a aussi le bruit des chevaux lancés au petit galop qui tirent péniblement les calèches au milieu des voitures. Il y a les motos enfourchées par quatre ou cinq passagers se faufilant entre les voitures et les minibus fonçant à toute allure. Il y a les chargements de tout et n’importe quoi empilés de manière inimaginablement dangereuse sur les camionnettes et les charrettes. Les livreurs de bonbonnes de gaz frappent le métal pour annoncer bruyamment leur passage. Il y a les cafés bondés où l’on passe de longues soirées à jouer au tawla en buvant du thé, du karkadé ou du houmous. De la musique arabe s’échappe d’une voiture, d’un magasin ou d’un appartement. Les enfants courent partout, rient, se pourchassent, improvisent des morceaux de musique étonnamment bons en tapant sur ce qu’ils trouvent dans la rue.

Ils sont beaux dans leurs uniformes scolaires.
Les hommes sont beaux dans leur galabeya.
Les femmes sont belles dans leur hijab.
Oui, cette ville est belle.

Les adieux

Je passe mes deux dernières semaines à jouer au tawla à la terrasse du Halawa en buvant du jus de citron ou du thé, je sors manger du foul et des ta’miya pour le petit-déjeuner, je me promène encore dans les rues du Caire islamique.

L’Égypte est un pays bouillonnant. Le peuple égyptien est aussi chaud qu’un jour d’été dans le Sahara en plein soleil. C’est un peuple coloré, riche de son savoir et de sa culture. C’est un peuple vivant.

Je suis triste de partir, comme toujours. Mais je sais que je pars vers d’autres découvertes, d’autres rencontres et d’autres merveilles. Et puis, je sais que je n’en ai pas fini avec ce pays.

Je reviendrai.
Insha’Allah.